Maison Boinet : moderne et diablement à la page

Fondée en 1858, Maison Boinet va fêter cet automne son 160e anniversaire en ouvrant son propre e-shop… Cette institution de l’accessoire de mode montre qu’à cet âge on peut tout à fait faire la belle sur le Net et frétiller sur les réseaux sociaux sans perdre son identité et l’excellence de ses savoir-faire.

Bon, soyons francs, à ses débuts en 1858, pour Ernest Beaumert, le fondateur, il n’est pas encore question de ceintures et de maroquinerie, mais uniquement de commerce de boutons en ivoire et en nacre. Des accessoires indispensables à la mode de l’époque qui vont faire la renommée de ce commerce. Ce n’est qu’en 1931 que Maurice Boinet, petit-fils d’Ernest, va totalement transformer l’activité de l’entreprise familiale en commençant la fabrication de ceintures et de bretelles. Dès lors, cette dernière va prendre une autre dimension et l’atelier devenir un incontournable de la mode qui va traverser les époques et les tendances. Petit à petit, la réputation de Boinet va prendre de l’ampleur et tutoyer les plus grandes marques de la mode. L’atelier est racheté en 2005 et en 2010 la marque Maison Boinet est lancée. Une nécessité pour s’affirmer dans ce secteur si attaché aux traditions et aux apparences. “Maison Boinet”, cela sonne bien et l’atelier s’affranchit ainsi de sa culture quasi industrielle pour emprunter la voie du luxe et du savoir-faire plus propice pour le développement de la marque tant en France qu’à l’étranger. Une résonnance encore plus forte lorsque le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) est accolé à son nom en 2014. Un patronyme qui évoque le made in France et surtout la création française.

Maison Boinet fête cette année son 160e anniversaire.

Tout en interne

Depuis la reprise en 2005, la société dirigée par Bruno Jourd’hui s’impose comme un acteur essentiel de l’accessoire de mode. Il y a bien évidemment les ceintures homme et femme, véritable fond de commerce de Maison Boinet, mais depuis 2012 et à la demande de ses clients, les bracelets sont une autre facette de la création réalisée en interne. “La créativité est le maître mot chez Maison Boinet et jamais je me pose la question de ce que l’on va faire la saison prochaine ! Il y a une telle fibre créatrice ancrée dans nos ateliers que nous sommes capables de proposer plus d’une centaine de nouveautés chaque année”, nous rapporte Bruno Jourd’hui. Lorsqu’on lui demande s’il envisage une collaboration avec un designer extérieur, sa réponse fuse instantanément : “Nos clients achètent un produit Maison Boinet d’abord pour la qualité. Nous avons cette image de tradition et d’artisan qui nous convient parfaitement, c’est l’ADN de la marque”.

Manchette en cuir lisse.

Si la maison Boinet existe depuis 1858, le travail du cuir est plus récent, seulement de… 87 années tout de même. Autant dire que le savoir-faire est indéniable à l’image par exemple du filetage fait main que l’on retrouve aussi bien sur les ceintures que sur les bracelets ou les sacs. Ce savoir-faire artisanal se renforce chaque jour depuis la diversification. Nouvelles techniques, nouveaux challenges qui profitent à tous les niveaux de la fabrication de l’ensemble des produits.

Machine à teinture des côtés.

Une diversification maîtrisée

Le lancement des collections de bracelets et de maroquinerie fut pour Maison Boinet une nouvelle aventure artisanale mais également un moyen d’accroitre sa visibilité. Il est vrai que l’on repère plus facilement un sac à main dans une vitrine qu’une ceinture enroulée ou portée sur un mannequin. “Les bracelets sont un produit coup de cœur comme nous avons eu en faisant renaître la banane”, déclare Bruno Jourd’hui. Nouvelle aventure, pas tout à fait puisque la maroquinerie est en fait le prolongement de la ceinture et que c’est autour de celle-ci que la ligne de sacs a été conçue, chaque modèle de la collection étant à ceinturer ou à porter plus classiquement à l’épaule. Une créativité qui s’est vite transformée en phénomène de mode. “Nous avons conscience que c’est un phénomène de mode. Comme tout phénomène de mode, on sait qu’il ne peut pas durer éternellement, c’est pourquoi nous faisons sans cesse évoluer notre gamme maroquinerie même si elle ne représente qu’une petite part de notre chiffre d’affaires”, souligne-t-il. Prudent, il insiste sur le fait que la maroquinerie reste un secteur en construction et en développement qui s’affirme auprès de la clientèle mondiale de Maison Boinet. Car c’est un fait, cette maison française dispose de plus d’enseignes au Japon qu’en France. Superbe reconnaissance pour cette marque “provinciale” comme tant d’autres qui damnent encore le pion à certaines maisons parisiennes. Un succès qui tient également à la qualité des services notamment pour le suivi des commandes et les délais de fabrication et de livraison. C’est peut-être cette maîtrise qui permet à Maison Boinet de se lancer sur le Net avec son site de e-commerce qui verra le jour en ce début d’automne.

Vers l’avenir

La création va bon train et c’est sans vergogne que la Maison Boinet s’accapare des matériaux autres que le cuir pour agrémenter les détails de certaines de ses collections. On voit apparaître les textiles de coton, du polyamide pour quelques tresses et même des rhodoïds pour jouer sur des transparences. Rassurez-vous, 98 % de la production est toujours en cuir sourcé auprès de tanneurs respectueux de l’environnement. “Nos peaux viennent de France, d’Italie et d’Espagne. Nos quantités sont moindres par rapport à de grands acteurs du luxe et nous ne sommes donc pas prioritaires. Par ailleurs, ces marques ont phagocyté les tanneries françaises, ce qui limite encore nos sources d’approvisionnement dans l’hexagone”, souligne Bruno Jourd’hui. Toutefois, le cahier des charges est rigoureux en termes de respect de l’environnement et de l’humain puisque les ateliers n’utilisent plus que des colles aqueuses et donc sans solvant et sans conséquences pour la nature, le porteur du produit final et bien évidemment pour le personnel de l’entreprise.

Pochette origami en PVC.

Grâce à la modernisation constante de ses outils de production, Maison Boinet peut produire plus de 4 000 ceintures par jour avec une qualité irréprochable. Tout ne sort pas sous son nom puisque la maison travaille en sous-traitance pour quelques marques de prêt-à-porter qui voient là le partenaire idéal pour accessoiriser leurs collections. Cette capacité de production et l’excellence de la main-d’œuvre sont les atouts principaux de cette belle Maison qui se lance sur le Net avec un e-shop glamour et très complet.

Corset en cuir lisse, collection printemps/été.

“C’est notre nouveau challenge après le profond chamboulement que nous avons vécu ses sept dernières années lorsque notre gamme femme est passée de 5 % de notre CA à plus de 60 % aujourd’hui !”, conclut Bruno Jourd’hui.

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